La prostate

La prostate

Jeudi, Décembre 26, 2024

Instrument de la puissance masculine

Bien que les sources de cet article proviennent du milieu médical et scientifique, cet article n’a pas d’autre prétention que de donner des informations non exhaustives sur un sujet vaste et complexe. Il ne peut remplacer l’avis d’un médecin. Si vous avez des doutes ou des questions au sujet de votre état de santé, n’hésitez pas à consulter votre médecin traitant.

Protectrice. Positionnée en avant de la vessie, la prostate joue son rôle de gardienne, elle en tire son nom d’ailleurs. Pro state.

De la taille d’une petite balle de golf, elle est le dernier organe avant l’orifice pénien. Véritable « organe noble », non pas en sa qualité d’élément vital, car si l’on peut vivre sans, on ne peut, sans elle, transmettre la vie.

De son rôle dépend la présence ou l’absence de vie. Cette petite glande apporte la vitalité nécessaire aux spermatozoïdes et permet la transmission des gènes du père à l’enfant. La gardienne se mue en un instrument de soutien, de défense de la puissance masculine in vivo.

La prostate requiert la présence existentielle de la testostérone. Cette hormone mâle, pleine de vigueur, de virilité, symbole de la jeunesse et de la force, essentielle pour le vivant, permet la composition de symphonie harmonieuse avec son opposée féminine jusqu’au point de donner la vie. La complémentarité par opposition.

En cas de cancer de la prostate, il se peut qu’un traitement anti-androgène pour réguler le taux de testostérone responsable de l’accroissement de la tumeur soit prescrit. Cette intervention chimique peut être lourde de sens.

Véritable castration déguisée en maladie, le cancer de la prostate, tout comme son « équivalent » féminin le cancer du sein, dans le top cinq des cancers les plus fréquents en Suisse, cache un traumatisme et une symbolique qui avilit.

Le cancer de la prostate est le plus fréquent en Suisse.
Après le cancer des poumons, il a la mortalité la plus élevée.
Il est rare avant 50 ans et la moitié des cas sont diagnostiqués après 71 ans.

Retour au cabinet. Je rencontre cet homme, un soixantenaire actif et sportif, qui m’explique ses douleurs lombaires accompagnées par de la fatigue, de la lassitude et des selles peu ou pas formées. Après avoir parcouru ses antécédents et effectué un bilan palpatoire, nous entamons un traitement autour de sa région lombaire et pelvienne.

En fin de séance, à chaud, le patient se sent mieux. Toutefois, et après trois séances, ses symptômes se péjorent. J’émets alors l’hypothèse qu’un trouble organique ou mécanique sous-jacent peut faire barrage à un soulagement durable et lui conseille de prendre rendez-vous avec son médecin traitant.

Un mois plus tard, nous nous retrouvons. Il a effectué une radio qui a permis de diagnostiquer un léger pincement entre L5-S1 et une IRM qui a mis en évidence une prostate volumineuse. Ce qui en soit ne peut être que bénin. Une biopsie est prévue deux semaines plus tard.

Au rendez-vous suivant, le patient m’informe des suites de la biopsie qui ont confirmé une lésion cancéreuse de degré 1 sur la prostate. Un suivi régulier chez son médecin est prévu sans autre changement dans ses activités et son quotidien.

La prostate est-elle responsable de ses maux de dos, de son trouble fonctionnel digestif et de son état général ? Où est-ce en rapport avec le léger pincement L5-S1 ? Voire les deux ? Étant donné le manque ou le très faible signal névralgique ressenti par le patient, j’envisage sa prostate comme élément principal et causal de ses symptômes et le pincement comme un facteur pouvant péjorer son état. *

Quelques explications anatomiques pour mieux comprendre :

La prostate est innervée via le plexus sacral, c’est-à-dire une ramification de nerfs au niveau du sacrum (L4-S3). Il s’agit d’un lien anatomique direct entre la région lombaire basse et la prostate. Une information sensitive douloureuse via le plexus sacral peut perturber, à travers un mécanisme d’arc réflexe viscéral, d’autres régions plus ou moins éloignées de l’élément pathogène. On parle de douleur projetée. Le grossissement de la prostate peut également contraindre et diminuer la motilité (fonction de se mouvoir sur soi-même, souplesse organique) des organes avoisinants, en plus d’empêcher un bon glissement, durant les mouvements, des structures les unes avec les autres.

Ci-dessus, position de la prosate entre la vessie et l'orifice pénien.
Ci-dessus, voies nerveuses reliant la prostate et le plexus sacral (L4-S1).

Quid de la prévention ?

Comme la plupart des cancers, l’hygiène de vie et l’âge sont des facteurs importants. Je ne m’étends pas à ce sujet aujourd’hui. Le bon sens prévaut et chacun connaît les conséquences bénéfiques et délétères de ceci ou de cela sur sa santé (alcool, tabac, activité physique, stress, alimentation, …). Quant à notre âge, on ne peut y remédier. À cela, il me paraît important d’évoquer également les polluants chimiques et toxiques que nous absorbons malheureusement au grand dam de notre santé.

Alors, quoi faire ? Prier ? Pourquoi pas, mais comme nous explique Jean de La Fontaine dans le Chartier embourbé : « Aide-toi, le Ciel t’aidera. ». J’ose alors revenir sur les premiers mots de cet article et me demande s’il est possible que notre histoire personnelle, nos pensées sur notre descendance ou notre ascendance, nos attentes et nos déceptions sur notre progéniture et nos géniteurs, tout comme nos ambiguïtés, peuvent influencer notre santé jusqu’à créer la maladie, tel le cancer de la prostate.

La symbolique de nos organes offre des pistes de réflexion et se garde de fournir un remède miracle.

Toutefois, chercher à comprendre peut aider à se réapproprier sa santé et donner un sens à ce qui nous frappe. Chercher à combattre la maladie sans la connaître, sans en connaître son essence peut ressembler à Don Quichotte et sa guerre contre les moulins à vent. La réalité correspond à ce que nous connaissons, elle est propre à chacun et évolue selon l’élargissement de ses connaissances et de ses expériences.

Malgré le bouleversement, certains malades se familiarisent avec leur maladie en lui donnant un nom et lui parle comme l’on peut se parler à soi-même dans des moments de solitude. Ils ne la considèrent plus comme un ennemi à combattre, mais comme une présence muette, une ombre latente d’eux-mêmes. Ils ne subissent plus la maladie, ils la vivent et cheminent intérieurement en apprivoisant leur souffrance. Ils se découvrent des ressources et des qualités ignorées jusqu’à là en faisant l’expérience de la maladie. Le combat n’est plus, il devient évolution et connaissance.

Cette approche de la maladie, étrangère à la science, est pourtant millénaire. Sociologues et autres anthropologues ont étudié cette personnification de la maladie. Leur conclusion est claire, la qualité de vie des patients durement atteints dans leur chair est améliorée.

Sa propre faculté à s’entendre avec soi-même pose les bases d’une approche vertueuse de la santé. « Je m’aide pour être mieux aidé », pourrait être la meilleure des préventions.

Dans tous les cas, il ne s’agit pas de culpabiliser. Nous sommes tous et toutes perfectibles et avons le droit inaliénable à l’erreur.

Vaste et complexe sujet, je le savais. À chacun de l’aborder comme il le peut et comme il le veut, s’en oublier que l’entre-aide peut faire la différence.

Une vie, une histoire.

-       …Héééééé ! T’oublies pas quelque chose ?!

-       Oui, en effet. À propos du pipi assis ou debout. Y a-t-il un effet sur la santé de la prostate ?

Et bien je n’en sais rien. Il faudrait une grande étude sur une cohorte de 150'000 personnes durant 10-15 ans pour en être fixé. Et devinez quoi ? Cela coûterait beaucoup d’argent, mais n’en rapporterait à personne. Par contre, pour les personnes souffrant de prostatisme, faire pipi assis permet de mieux vidanger la vessie. Donc, en attendant faites en votre âme et conscience, sauf à mon cabinet. Pipi assis, svp.

Thomas Payot

*Avec l'aimable autorisation du patient.

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